LECŒUR (A.)


LECŒUR (A.)
LECŒUR (A.)

Auguste LECŒUR 1911-1992

Né le 4 septembre 1911 à Lille, Auguste Lecœur était à sa mort l’un des derniers, en Occident, à s’être trouvé au cœur du mouvement communiste, français et international, dans ses plus grandes années, de la seconde moitié des années 1930 à la première moitié des années 1950.

Archétype du militant bolchevique de l’époque stalinienne, il avait pleinement réalisé en lui la rencontre et la fusion de deux identités au départ distinctes: l’identité que lui procurait son appartenance au monde ouvrier, qui plus est au monde emblématique des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais, et l’identité que devait lui assurer le fait d’adhérer à un parti, le Parti communiste, alors section française de l’Internationale communiste, dont le modèle et la référence unique était la stratégie révolutionnaire de conquête du pouvoir et de construction d’un immense et puissant ensemble socialiste telle que Lénine puis Staline l’avaient mise en œuvre. Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de mineur, Auguste Lecœur était né dans une famille qui avait encore régressé, jusqu’à appartenir au sous-prolétariat. N’ayant de ce fait suivi aucune scolarité régulière, c’est quasi analphabète que, le jour de ses treize ans, il descend à son tour au fond, au puits 4 de Bruay. Mais, à cet âge et dans ces conditions, on mûrit vite. De lui-même, il décide, dix-huit mois plus tard, de partir pour Paris, seul. Il y est manœuvre puis, devançant l’appel, il s’engage dans l’armée qui lui fournit les moyens de décrocher son certificat d’études. Revenu à la vie civile, il travaille aux laminoirs de Lens.

Mineur donc, puis métallurgiste, il a, de l’ouvrier, la présence physique, les comportements et les goûts; d’abord cordial, il n’est pas bavard, écrit moins encore, n’aime rien tant que se retrouver parmi les siens, ses camarades de travail et se battre pour eux. Toute sa vie, il conservera la même indifférence aux valeurs d’établissement et aux raffinements que procure l’argent, même quand, en 1945, à trente-quatre ans, il est élu maire de Lens, député du Pas-de-Calais, président du syndicat régional des mineurs ou, en 1946, il est désigné comme sous-secrétaire d’État à la Production charbonnière et doit, à ce titre, se rendre aux États-Unis, avec Jean Monnet, pour négocier l’approvisionnement du pays en charbon. Il coule de source que, syndicaliste, responsable du syndicat des métaux de Lens en 1936, c’est dans la direction de deux grèves mémorables, celle des cent mille mineurs du Nord - Pas-de-Calais en mai-juin 1941, en pleine Occupation, et celle, plus générale, de l’automne de 1947, à l’orée de la guerre froide, qu’il donne sa pleine mesure.

Dès l’âge de seize ans, cependant, il a rencontré le communisme et adhéré au parti, lors des manifestations violentes que suscite à Paris, sur les Grands Boulevards, l’exécution des anarchistes américains Sacco et Vanzetti; il prouve à cette occasion son penchant pour la bagarre et son incontestable courage physique. Rien d’étonnant à ce que, dix ans plus tard, en février 1937, on vienne lui proposer de s’engager dans les Brigades internationales où, sur le front, il se bat en première ligne. Rien d’étonnant encore que, après six mois passés à l’École centrale du parti, à Arcueil, élu en 1938 secrétaire fédéral du Pas-de-Calais, il se retrouve du côté de ceux qui, au moment du pacte germano-soviétique, proclament leur fidélité à Staline. Fait prisonnier en juin 1940, il s’évade pour aussitôt, clandestinement, réorganiser sa fédération. Rien d’étonnant enfin que, en mai 1942, Jacques Duclos et Benoît Frachon, confrontés à une série de «chutes» catastrophiques qui menacent d’emporter ce qui reste d’appareil communiste en territoire occupé, fassent appel à Auguste Lecœur pour sauver toute l’organisation clandestine, en faire l’outil indispensable du combat pour la Résistance et la Libération.

Les dix années d’après guerre sont consacrées au même objectif: renforcer l’appareil du parti. Dès 1950, membre suppléant du bureau politique, secrétaire du parti et responsable national à l’organisation en remplacement de Léon Mauvais, il en est, après Thorez, Duclos et Marty, le numéro quatre. La maladie de Thorez qui, à l’automne de 1951, part se soigner en U.R.S.S., l’arrestation de Jacques Duclos en mai-juin 1952, l’affaire Marty-Tillon à l’automne de la même année en font virtuellement le numéro un; il passe pour le dauphin désigné.

Or c’est en mars 1954, ainsi arrivé au sommet, que, brusquement, Lecœur est mis en accusation, condamné et évincé à la suite d’un rapport de Duclos sur le «cas Lecœur». L’«affaire Lecœur» n’a jamais été vraiment éclaircie. Suffit-il de penser que Thorez, à son retour d’U.R.S.S., voulut, toutes affaires cessantes, écarter un rival potentiel? Suffit-il d’estimer que Lecœur, qui avait commis l’imprudence de s’aventurer sur un terrain qui ne lui était pas familier — celui du travail parmi les intellectuels —, a payé pour l’affaire du portrait de Picasso? Il est plus probable, comme Lecœur le pensait lui-même à la fin de sa vie, que la clef se trouve dans les débats et combats qui, après la mort de Staline, secouent le noyau dirigeant du mouvement communiste international et du P.C.U.S. Lecœur, en effet, est alors porté à considérer que la lutte de classes internationale appelle la formation de Partis communistes plus resserrés, plus cohérents, plus durs, d’où seraient éloignés les éléments socialement et idéologiquement périphériques, moins déterminés et moins fiables. C’est du moins ce que semble signifier la querelle qui lui fut faite de vouloir instaurer dans chaque cellule des instructeurs politiques, créant ainsi deux catégories d’adhérents, les activistes et les autres.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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